Suzanne Lafont
Accompagnement des transitions par les mythes, contes merveilleux et autres histoires

Qu'est-ce qu'être une femme ?

C'était un événement eklore, un 8 mars à La Chapelle des Lombards à Paris.

La question était posée. La réflexion aussi : entre le corps fantasmé par les médias et le corps vécu de l’intérieur, l’agenda de working gril et le bio-rythme des femmes, les désirs d’entrepreneuriat et les stéréotypes liés au pouvoir, le besoin de liberté et le désir de sécurité … la figure féminine se cherche, s’invente, se compose.

Nous étions 9 à monter sur scène, 9 portraits de femmes, 9 scénettes entremêlant danse, story-telling et poésie, pour donner à voir la diversité du féminin.

Il y avait Namiko Gahier-Ogawa (danse), Laura Cherfi (story-telling), Christine Marsan (conte), Jennifer Genestier (story-telling), Béatrice Doradoux (story-telling), Laurie Thinot (mouvement), Violaine Magnat (slam), Nathalie Geetha (danse) et moi.

Une idée originale de Solenn Thomas

 

J'ai composé le texte. Il est sorti d'un jet. Ma fille Leïla a tout de suite trouvé la musique qui pourrait le porter. Mais j'ai eu envie d'autre chose. Un autre chose que ni mes mots ni la musique ne pouvaient exprimer mais qu'un corps pourrait. Un corps d'homme pour porter mes mots de femmes. J'ai invité mon ami Saïd Nassih à danser mes paroles. Encore mille fois merci.

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Le texte...

J'ai 45 ans

3 filles qui ont 17, 18 et 21 ans.

J’ai enfanté,

J’ai allaité,

Je me suis mariée,

J’ai divorcé,

Et puis je me suis remise à aimer,

Mais tu vois, aujourd’hui, je ne sais toujours pas répondre à cette questions-là :

Qu’est-ce qu’une femme ?

 

J’ai un vagin, un utérus, une paire de seins,

Faite pour donner la vie, c’est ce qu’on dit,

Mais est-ce que c’est ça qui me définit ?

Parce que tu vois

Si je plonge dans mon âme,

Si je regarde les moments où j’ai été profondément femme,

C’est pas lisse,

Y a rien qui glisse,

C’est intense et c’est sauvage,

Y a rien de la gentille petite princesse sage,

Toute polie, toute jolie, qui dit toujours oui.

 

Moi je suis reliée à la lune,

Possédée par l’Océan,

Qui m’inonde de ses vagues,

Qui vont et viennent à l’infini.

Me voilà qui me jette sur ta plage. Envie de m’ouvrir, de t’engloutir, de t’envahir, de te pénétrer, de jouer, de jouir…

Et puis je me retire, je m’en vais,

Tu es prié de ne plus me toucher,

J’ai besoin de me cacher, de laisser mon sang couler et de rêver.

 

C’est pas lisse,

Y a rien qui glisse,

C’est intense et c’est sauvage,

Y a rien de la gentille petite princesse sage,

Toute jolie, toute polie, qui dit toujours oui.

 

La société m’a raconté que je suis fragile, facile à casser,

Qu’il faut que je me maquille, que je sourie, que je porte des talons aiguilles,

Que j’ondule des reins, que je montre mes seins,

Elle me dit que je suis passive, la faute à mon principe féminin…

Mais ces discours ne collent pas avec ma biologie, ça se télescope,

J’héberge dans mon ventre 400.000 ovules, 400.000 cellules, tellement immenses qu’on les voit sans microscope*,

Je possède le muscle le plus puissant du genre humain,

Capable de mettre au monde un gamin.

Quand à mon vagin, je peux le dilater jusqu’à laisser passer la tête d’un bébé,

Tout comme mes seins,

Qui peuvent passer du 85 A au 100 D,

Pour que l’enfant puisse téter,

Et grandir.

J’ai en moi une forge de vie,

C’est le cosmos qui m’habite,

J’accueille l’infini,

Je suis une Super Nova, un berceau à étoiles.

 

Que j’enfante ou non, je porte cette puissance en moi.

Je porte cette énergie,

Qui demande à s’exprimer,

Je veux courir,

Je veux crier,

Je veux rire,

Je veux naviguer,

Je veux gravir des montagnes,

Je veux grimper aux arbres,

Et surtout, je veux grimper sur ton arbre,

Je veux t’escalader,

Je veux t’envelopper, t’engloutir.

Je veux que tu me fasses vibrer,

Que tu caresses la petite tâche rosée qui se trouve

A la périphérie du grand nuage de Magellan

Et que les astronomes appellent,

La Nébuleuse de la Tarentule…

 

Oui mais voilà, tout ça, j’ai pas le droit. On nous a selon les époques internées, brûlées pour ça

Ma féminité n’a pas le droit de cité,

J’ai appris à l’emprisonner, la museler, la bafouer, la tromper,

A lui raconter des histoires pour l’empêcher d’exister.

Pour être lisse,

Pour que ça glisse,

Pour être ni intense, ni sauvage,

Pour être une gentille petite princesse sage,

Toute jolie, toute polie, qui dit toujours oui.

Mais aujourd’hui, je n’ai plus envie,

Je veux vivre ma féminité,

La pas sage, la sauvage,

J’en suis affolée et exaltée,

Tant d’année à me cacher,

J’ai besoin de toi, ma sœur pour oser en dépit de ma peur.

 

Et toi mon frère,

T’es pas mon père,

S’il-te-plait,

Viens à mes côtés,

J’ai besoin de toi pour accoucher

Pour m’accoucher,

Pour t’accoucher,

Pour qu’on voit le jour,

Toi l’homme et moi la femme

Moi l’homme et toi la femme

Et qu’on unisse enfin le principe féminin et le principe masculin.

Réalisation & référencement Simplébo

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